Profitons de cette journée mondiale du bien-être, pour parler de conditions de travail. En 2022, une étude, portée par l’Aract des Hauts-de-France et la MSA, soulignait l’importance d’avoir de bonnes, de meilleures conditions de travail (voir l’infographie ci-dessous). Ce n’est pourtant ni une fatalité ni une cause perdue : on peut durablement améliorer sa qualité de vie au travail avec des exercices courts… même quant on exerce un métier physique, exigeant comme celui d’agriculteur et d’agricultrice.
Nous avons donc demandé au coach Claude Boiocchi de nous partager son éclairage pour éviter aux douleurs de s’installer ou de se réveiller. Merci beaucoup à lui pour ses conseils avisés et ces (petites) routines, simples et utiles pour favoriser l’échauffement musculaire et ménager notre allié le plus précieux – notre corps. C’est parti !

Cinq piliers pour tenir
physiquement et mentalement dans le métier agricole
Bien que tous les agriculteurs ne vivent évidemment pas le même quotidien, nous pouvons considérer des éléments qui caractérisent leur mode de vie pour réaliser combien chacune et chacun agissent comme de véritables caméléons, passant d’une activité à l’autre au fil du jour et convoquant des compétences et des intelligences différentes et complémentaires.
Tout autant concernés par des tâches programmées que par les multiples incidents ou interventions suscitées par les circonstances toujours changeantes, ces femmes et ces hommes engagés doivent s’adapter et orchestrer des journées complexes en faisant preuve de discernement, de cohérence et de prudence. Autant dire que cette profession exigeante de « gestion du vivant en temps réel et 24h/24 » nécessite d’abord et avant tout un esprit sain dans un corps sain si l’on souhaite l’exercer durablement.
En tant que coach psycho-corporel et ayant pu constater comme de nombreux Français en janvier 2024 le « burn-out » de toute une profession, je dirais même qu’il convient d’entretenir sa dynamique physique et mentale afin de faire preuve d’une certaine qualité de présence pour être en mesure de se mobiliser de la meilleure façon et en toute occasion.
A l’instar d’un spationaute, l’agriculteur n’est l’expert de rien mais il doit se sentir compétent en tout : en météorologie, en mathématiques, en physique, en mécanique, en botanique évidemment, en médecine animale s’il est éleveur, en bureautique, en assistance numérique, en management, en comptabilité, en économie, en commerce, etc. Bref, c’est une femme ou un homme orchestre qui risque quotidiennement l’accident, l’épuisement, le burn-out, le mauvais coup du sort, etc.
Au delà des techniques, des formes simples à pratiquer
Pour toutes ces raisons, il me semble plus qu’essentiel d’entretenir et de développer sa qualité de présence dès lors que l’on considère cette profession comme une technique de longue vie et non comme une course effrénée, en aveugle et désespérée. Parmi les régulateurs essentiels qui président à la préservation de notre santé globale et qui m’apparaissent comme des alliés puissants et indispensables pour les agriculteurs, il en est cinq qui sont primordiaux et le plus souvent négligés.
- En premier lieu, je citerais notre capacité à respirer consciemment quelques minutes par jour pour apprendre à tempérer notre activité mentale, à restaurer le calme en soi, à reénergétiser le corps dans le but de relativiser le stress et la charge mentale.
- En deux, je voudrais attirer votre attention sur l’importance du sommeil, qu’il s’agisse du nombre d’heures consacrées au repos ou bien de la qualité de ces phases de récupération propices à la restauration de soi et à la prise en compte d’une multitude d’éléments par votre esprit avant d’envisager la journée suivante l’esprit serein. J’ajoute qu’il est possible de combiner un travail actif et significatif pour améliorer ces deux premiers éléments en pratiquant 5 à 10 minutes de cohérence cardiaque en fin de journée via une application gratuite et simplissime.
- En trois, il est crucial de se représenter l’importance de l’hydratation pour l’organisme dans la mesure où c’est par ce biais que nous favorisons les échanges cellulaires et que nous luttons activement contre la fatigue et la confusion mentale. Boire régulièrement de l’eau tout au long de la journée n’est pas un luxe, c’est une autre forme de respiration pour notre métabolisme qui doit fournir un travail permanent pour alimenter le cerveau, les muscles et favoriser le travail des différents organes vitaux.
- En quatre, il nous faut parler d’alimentation et comprendre combien le fait de se nourrir convenablement constitue une manière de se respecter et de limiter les risques de baisse de régime ou d’agitation. C’est d’autant plus vrai pour un agriculteur qui œuvre saison après saison pour contribuer à nourrir ses concitoyens de la meilleure façon possible.
- Enfin, et c’est précisément sur cet aspect que je voudrais concentrer mon propos : il y a l’activité physique intelligente. Celle qui permet aux personnes, moyennant quelques minutes par jour de ressentir les bienfaits d’une expression corporelle exercée et d’une confiance en soi renforcée par la pratique de mouvements simples mais dynamisants. Il est donc important de se situer dans les différentes dimensions proposées par ses activités, qu’elles soient extérieures et aérées ou bien en intérieur et plus ou moins contraignantes en raison du bruit, du stress, etc. Il est important également d’apprendre à identifier les moments et les instants propices à l’exécution de telle ou telle tâche. Décaler plutôt que risquer de se blesser. Cette grande disponibilité ne s’improvise pas, elle se travaille, elle suppose une hygiène de vie excellente, une forme optimale ou tout au moins une conscience de soi et de sa capacité à agir correctement pour éviter les problèmes.
C’est pourquoi je recommande la pratique régulière et si possible quotidienne de formes fortifiantes et énergisantes pour vivre ce métier avec le plus d’enthousiasme possible et sans émousser sa bonne volonté. Je pense en effet pour paraphraser Albert Camus qu’il faut « imaginer les agriculteurs heureux » et non pas astreints à une vie de supplices et de travaux forcés peu satisfaisants. Pour ce faire, il est nécessaire de travailler sa posture, sa mobilité, sa fluidité, sa souplesse, sa gestion de poids de corps, sa motricité et également sa condition physique notamment sur le plan cardiovasculaire.
Des formes simples d’autograndissement, de mouvements circulaires doux, d’enchaînements de gestes combinant bras et jambes, d’étirements au mur, de marches actives sur 5 à 10 minutes, de sauts à la corde suivant des rounds de deux minutes, etc., permettront à toutes et tous, moyennant un programme quotidien ou presque de 15 à 20 minutes, de traverser le temps et l’espace avec aisance et un plaisir renouvelé.
💡Claude Boiocchi est coach psycho-corporel, auteur du livre Équilibre et vitalité ainsi que du DVD Je m’entraîne donc je suis . Son travail, remarqué par Psychologies Magazine dans « Devenez votre propre coach » et présenté dans l’émission Les Pieds sur terre de France Culture. « Stage pour cadres stressés » , résonne avec des enjeux très présents aujourd’hui : fatigue chronique, surcharge mentale, perte d’énergie, difficulté à préserver son équilibre dans des vies souvent très sollicitées. Il propose une approche efficiente, concrète et durable pour restaurer sa qualité de présence et renforcer sa vitalité.


