L’article de recherche de Sidonie Tisseau1, fondé sur deux années de recherche-action2 au sein de la MSA du Languedoc, apporte un éclairage précieux sur les conditions de participation des femmes à différentes propositions agricoles et rurales : rencontres, ateliers, formations, groupe de parole, etc. Son article, très riche, est à lire sur le site de référence Agrigenre.
Voici ici trois éléments qui retiennent mon attention :
- L’isolement est un mécanisme systémique, pas seulement géographique
L’éloignement des services se conjugue avec l’isolement professionnel, relationnel, culturel et institutionnel. Ces dimensions se renforcent mutuellement : mobilité réduite, charge familiale, faibles réseaux, normes de genre, autocensure et dispositifs publics peu adaptés. Les femmes rurales subissent ainsi une « double peine » liée au genre et au territoire.
- Exprimer un besoin ne suffit pas à susciter la participation
Même lorsque l’isolement est bien identifié, peu de femmes rejoignent les dispositifs proposés. Participer suppose du temps, des déplacements et une disponibilité mentale, mais aussi d’accepter de s’exposer au regard d’autrui. Le non-recours aux dispositifs proposés peut donc être une stratégie de protection face à la honte, au jugement, aux tabous ou au sentiment d’illégitimité – et non un signe de désintérêt.
- La participation devient émancipatrice lorsqu’elle est sécurisée et coconstruite
Les groupes de parole en non-mixité ont facilité l’expression d’expériences habituellement tues, la reconnaissance entre pairs et la restauration d’une capacité d’agir. Leur efficacité repose moins sur un programme prédéfini que sur des conditions précises : proximité, souplesse des horaires, liberté d’engagement, confiance et temporalité longue. L’enjeu est de passer de dispositifs conçus pour les femmes à des démarches élaborées avec elles.

En guise de conclusion
Au delà de nous permettre de revisiter de l’intérieur les conditions d’isolement pénalisantes pour les femmes, cet article met en exergue une zone grise : le “coût de participation” des femmes en milieu rural et agricole. Celui-ci me suggère trois enseignements :
- Considérer la non-mixité comme une étape et/ou un moyen nécessaire à durée indéterminée et extensible – et non comme une finalité, encore moins une fatalité…
- Appréhender les renoncements à prendre des responsabilités, moins en termes de manque d’ambition et plus en termes de compromis, réalisés entre différentes tensions impactantes : personnelles, familiales et profesionnelles, mais aussi culturelles.
- L’isolement géographique exposant à toutes sortes de fragilisation et notamment l’isolement moral (Johanna Dagorn), on lève un peu plus le voile sur un tabou : celui de la santé mentale des femmes en agriculture.
- Sidonie Tisseau, Femmes en ruralités : quand la participation devient un levier face aux inégalités de genre, AgriGenre, septembre 2026
- La recherche-action est une méthode de recherche scientifique qui associe l’observation et une action concrète sur le terrain (entreprise, exploitation, territoire, etc.). pour résoudre un problème pratique tout en produisant de la connaissance.

