L’agriculture ne se raconte plus sans les femmes

Cheffes d’entreprise, gestionnaires du risque, innovatrices, médiatrices territoriales… Non, il ne s’agit pas du portrait de deux entrepreneures de la tech ! Il s’agit de deux cheffes d’entreprise agricole.

Lors d’un échange, animé par Anne Dumonnet-Leca, fondatrice de VoxDemeter, sur le stand Groupama au Salon International de l’Agriculture deux femmes engagées – Marjorie Lambert et Sandrine Faucou-Bourne ont partagé leur réalité : celle d’un métier stratégique pour notre société, exigeant, et encore trop souvent invisible au féminin.

Première mise au point : être agricultrice, ce n’est pas seulement produire. C’est diriger une entreprise.

Cela signifie :

  • prendre des décisions stratégiques
  • gérer des risques permanents
  • composer avec les aléas climatiques
  • absorber la pression économique et réglementaire et gérer l’organisation familiale aussi.

Et au cœur de tout cela, une mission simple et immense : nourrir la population. Un métier essentiel, qui structure les territoires et participe à la stabilité de nos sociétés.

Les combats qui restent à mener :

1. Vivre dignement de son métier

Le premier combat est économique. Produire ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir vivre de son travail et assurer la pérennité des exploitations.

2. Rendre visibles les femmes, en tant qu’actrices de l’agriculture, des territoires et de la société

Les femmes ont toujours été présentes dans l’agriculture. Pendant les guerres, elles ont tenu les fermes. Dans les exploitations familiales, elles ont souvent été le pilier invisible de l’histoire agricole, qui les a largement oubliées. Aujourd’hui, il s’agit de réécrire le récit.

3. Oser prendre sa place

Un constat revient souvent : les femmes attendent d’être “prêtes à 80 %” avant de se lancer. Et elles ont parfois le sentiment de devoir faire trois fois leurs preuves. Or, les études sont claires : une minorité doit atteindre au moins 35 % de représentativité* pour que sa parole soit réellement entendue. Autrement dit : il faut être nombreuses pour peser.

4. La mixité comme moteur

Pour Marjorie Lambert et Sandrine Faucou-Bourne, la question n’est pas d’opposer : l’agriculture fonctionne avec du collectif. La force vient de la complémentarité des regards, des approches et des compétences.

Résilience : la compétence clé du métier

L’agriculture est un système complexe où il est essentiel d’anticiper, de coopérer, d’expliquer de communiquer, d’expliquer, mais aussi de tenir dans la durée, tout en conciliant vie familiale et exploitation, gestion des imprévus et isolement parfois…


La transmission : l’urgence silencieuse

C’est peut-être le point le plus crucial. Aujourd’hui, moins de 1,5 % de la population est agricole.  Et la profession vieillit. Pour les femmes, les obstacles sont encore nombreux, car la transmission ne va pas de soi, ce qui constitue un plus long chemin vers la reconnaissance en tant qu’agricultrice. Dans le même temps, une transmission ne s’improvise pas. Elle se prépare longtemps en amont. Comme le résument les intervenantes : « Il n’y aura pas de transition agricole sans transmissions »


Les femmes font partie de la solution :

À travers leurs parcours, Marjorie Lambert et Sandrine Faucou-Bourne incarnent une agriculture, tournée vers l’avenir. Soutenir les femmes en agriculture, ce n’est pas « seulement » une question d’égalité. C’est une réponse stratégique pour notre souveraineté alimentaire, la vitalité de nos territoires et de notre société.

* Rosabeth Moss Kanter